Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 15:50

 

 

 

 

  

 

Rencontre avec Christophe MALVEZIN, Conseiller technique chargé de l’agriculture et de la Pêche

 

à l’occasion de la venue en Dordogne de

 

Nicolas Sarkozy,

Président de la République Française.

 

 

 

Périgueux

12 septembre 2010

 

 

 

 

 

Sommaire

 

Lettre ouverte des JA 24 au Président de la République en guise d’introduction

 

1ière partie : Un constat : le renouvellement des générations en danger faute de perspectives de revenu pour l’agriculture périgourdine

 

2ième partie : Agir sur de nombreux sujets clés pour notre métier

 

1-  Maintenir un budget d’accompagnement à l’installation suffisant

2-  Redonner de la compétitivité aux exploitations agricoles périgourdines

a)   En finir avec les distorsions de concurrence

b)  Réguler les marchés agricoles

c)   Relocaliser la production

d)  Accroître la transparence dans les relations commerciales

e)   Zoom sur quelques filières en grande difficulté

3-  Maintenir et développer l’accès à l’eau et l’irrigation

4-  Maintien de la Dordogne en zone défavorisée

5-  Revaloriser les retraites agricoles

 

 

 

LETTRE OUVERTE à

 

Monsieur Nicolas SARKOZY

Président de la République Française

 

 

Monsieur le Président,

 

Depuis plusieurs années, l’agriculture périgourdine se trouve dans une situation de crise généralisée, aucune filière, aucune exploitation n’est épargnée.

 

            Malgré le contexte morose dans lequel est plongé notre métier, les Jeunes Agriculteurs de la Dordogne ne veulent pas fléchir. Nous croyons en l’avenir de l’agriculture c’est pourquoi nous menons un combat quotidien pour l’installation et pour des prix rémunérateurs.

           

Les JA réaffirment leur volonté de travailler sur deux sujets prioritaires : l’installation et le revenu. L’installation reste notre « cheval de bataille », nous allons mettre tous les moyens que nous avons à disposition pour atteindre notre objectif d’une installation pour un départ. Sans revenu il sera difficile de promouvoir l’installation c’est pourquoi les JA travaillent aussi pour obtenir enfin des prix rémunérateurs.

 

Nos jeunes élus vont continuer à s’investir pour le renouvellement des générations et le retour de la valeur ajoutée sur nos exploitations. Cependant de trop nombreuses incertitudes et inquiétudes se posent sur plusieurs sujets :

-          Financement de l’installation

-          Compétitivité des exploitations agricoles

-          Eau et irrigation

-          Zones défavorisées

-          Retraites agricoles

 

Les Jeunes Agriculteurs de la Dordogne vous proposent de prendre connaissance de leurs propositions et revendications à travers ce dossier remis à Christophe Malvezin votre conseiller technique chargé de l’agriculture et de la pêche.

 

Dénoncer, revendiquer, proposer, les jeunes syndicalistes de ce département sont décidés à faire avancer les choses afin d’envisager plus sereinement notre avenir. Aujourd’hui des décisions politiques fortes sont nécessaires pour sauver notre agriculture, nous attendons bien plus que des aides ponctuelles mais une vision de long terme et transversale.

 

            Vous remerciant par avance de l’intérêt que vous porterez à nos requêtes.

 

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

 

Le Secrétaire Général JA Dordogne

Fabien JOFFRE

Le Président JA Dordogne

Damien MARTY

 

 

  


1ière partie

 

 

Un constat :

le renouvellement des générations en danger faute de perspectives de revenu pour l’agriculture périgourdine  

  

Les conséquences de la période de crise que traverse actuellement l’agriculture périgourdine se traduisent instantanément sur le renouvellement des générations en agriculture, autrement dit sur notre avenir à tous.

 

Le constat chiffré est dur. En 2008 la MSA a enregistré 223 installations en Dordogne, soit une baisse de 31% par rapport à 2000. Le nombre d’installations aidées (DJA) suit la même chute entre 2000 et 2008 (respectivement 86 et 60), avec même un véritable effondrement en 2009, où seulement 39 installations aidées ont été réalisées dans notre département.

 

Parallèlement, d’autres chiffres sont inquiétants. Le nombre d’installations hors du cadre familial est en chute libre (31% des installations en 2000, contre 18% en 2008), et de plus en plus de porteurs de projet envisagent une activité secondaire.

Entre 2000 et 2007, 1500 exploitations professionnelles ont disparu en Dordogne, soit 24% des exploitations. (source Agreste. 2000 : 6 311 exploitations professionnelles ; 2007 : 4 801 exploitations professionnelles)

 

La conséquence de cette situation est simple : le nombre de chefs d’exploitation dans notre département a chuté de 34% entre 1996 et 2008, contre une chute de 24% en Aquitaine et 21% en France.

 

Les chiffres mettent en lumière un constat, mais également des pistes d’explications. En France, alors que la surface moyenne des installations est passée de 64 ha en 2006 à 50 ha en 2008, le coût d’une installation n’a cessé d’augmenter. En 2000 un jeune devait financer en moyenne 96 000€ son installation, contre plus de 125 000€ en 2008.

 

Dans le même temps, les charges ont augmenté et les prix de vente des produits agricoles n’ont cessé  de chuter, entrainant un déclin catastrophique de la compétitivité des exploitations, et par voie de conséquence rendant impossibles de nombreuses installations de jeunes.

 

Aujourd’hui, l’installation est clairement en péril. Sans prix rémunérateurs pour nos productions agricoles, sans lisibilité, cette situation ne pourra pas évoluer, nos exploitations ne seront pas reprises et demain nos campagnes seront vidées et nos paysages en friche. Nous nous sommes battus pour mettre en place un nouvel accompagnement à l’installation, mais à quoi bon si aujourd’hui il n’est plus possible de s’installer avec un projet viable et vivable ?

 

Les candidats à l’installation ne manquent pas, et pour eux nous allons continuer à nous battre.

 

Il n’est pas question de grands discours ou de belles déclarations : ce sont des décisions politiques fortes que nous attendons pour sauver les installations de dizaines de jeunes en agriculture sur notre département.

 

 

 

2ième partie

 

 

Agir sur de nombreux sujets clés pour notre métier

 

 

Ce que nous défendons :

 

1.     Maintenir un budget d’accompagnement à l’installation suffisant

 

Les prévisions données par le ministère de l’agriculture pour le financement de l’accompagnement à l’installation sont revues fortement à la baisse. Il pourrait même à terme être purement et simplement supprimé. Or ce financement est indispensable pour permettre aux candidats à l’installation de bâtir des projets viables, en particulier dans le contexte agricole actuel.

 

Bien sûr les budgets des ministères sont de plus en plus serrés. Mais ce calcul est un mauvais calcul. Ne plus financer la politique d’installation, c’est inévitablement moins d’agriculteurs pour demain, donc moins d’emplois et moins de croissance.

 

De plus n’est-il pas préférable d’accompagner les candidats pour construire aujourd’hui des projets d’installation économiquement viables, plutôt que de mettre demain des millions d’euros pour financer des plans de sauvetage des exploitations agricoles inefficaces ?

 

La qualité de l’accompagnement à l’installation dans le cadre de la DJA a fait ses preuves : plus de 95% des jeunes installés sont encore en activité 10 ans après l’installation.

 

Le dispositif d’accompagnement nécessite un budget minimum de 11 millions d’euros : c’est le prix à payer pour maintenir le potentiel de production agricole de la France, dans un contexte de fort renouvellement des générations en agriculture. Nous ne pourrons pas accepter que chaque candidat à l’installation ait à payer un droit d’accès pour accéder au métier d’agriculteur, faute de financement de son parcours par l’Etat.

 

 

2.     Redonner de la compétitivité aux exploitations agricoles périgourdines

 

a)      En finir avec les distorsions de concurrence

Normes environnementales, sociales et sanitaires, bien-être animal, traçabilité : les produits agricoles français ont aujourd’hui l’obligation de répondre à un très haut niveau d’exigence, destiné à protéger la qualité de notre alimentation et de notre environnement.

 

Ces normes génèrent des charges importantes qui pèsent sur les exploitations agricoles françaises. Or nos produits agricoles de haute qualité se retrouvent en concurrence directe sur les étals avec des produits d’origine étrangère ne respectant pas les mêmes normes et n’offrant pas les mêmes garanties en termes de sécurité alimentaire et de qualité des produits. Ces produits étrangers ont bien entendus des coûts de production bien moindres, contre lesquels aujourd’hui les agriculteurs français ne peuvent pas lutter.

 

Producteurs de denrées de qualité, l’exploitant périgourdin se retrouve donc en concurrence avec le bœuf hormoné du Brésil, où la fraise d’Espagne gorgé de produits phytosanitaires, où encore avec les fruits et légumes du Maroc ou le lait d’Allemagne, pays ayant des coûts de main d’œuvre largement inférieurs aux nôtres.  Il est donc indispensable et urgent, avant que toutes nos exploitations ne déposent le bilan et que la France ne devienne une gigantesque friche, d’en finir avec ces distorsions de concurrence.

 

 

 

La France doit imposer aux produits agricoles importés (européens ou mondiaux) les mêmes exigences que doivent aujourd’hui respecter les agriculteurs français, et ce non seulement pour permettre aux agriculteurs français d’être enfin compétitifs, mais aussi pour garantir la sécurité alimentaire des français.

 

 

b)     Réguler les marchés agricoles

L’agriculture ne peut être traitée comme les autres secteurs de l’économie car c’est un marché de première nécessité.

 

Le démantèlement des outils de régulation des marchés agricoles a des conséquences terribles. Les cours des matières premières agricoles font le yoyo en quelques mois, passant de situations de surproduction entrainant des chutes dramatiques des cours et par voie de conséquence la faillite de nombreuses exploitations agricoles familiales, vers des situations de sous-production entrainant des révoltes massives des populations qui n’ont plus les moyens de s’alimenter.

 

Quel prix sommes-nous prêts à payer pour que tout le monde mange à sa faim ?

Et quelle lisibilité auront aujourd’hui les jeunes qui s’installent dans un tel contexte ? Quelles garanties auront-ils quant à la viabilité de leur profession ?

 

Une politique nationale et internationale de soutien à l’agriculture présente l’avantage de temporiser les fluctuations de production liées au climat ou aux prix, ce qui permet à l’agriculture de rester réactive mais aussi d’éviter les phénomènes de sous et surproduction qui pénalisent les consommateurs et en premier lieu les populations les plus faibles.

 

Ne cédons pas aux sirènes de l’OMC qui veut vous faire croire que l’agriculture doit obéir aux mêmes règles ultralibérales que les autres secteurs économiques. Il est illusoire et dangereux de croire que le marché mondial qui ne représente qu’à peine 10% des échanges alimentaires pourvoira à l’alimentation des français le jour où notre agriculture laissée en jachère n’y parviendra plus. Il est du devoir de l’Etat français d’assurer à notre pays une autonomie alimentaire suffisante.

 

Il est urgent aujourd’hui de concentrer nos efforts sur une réelle politique de prix et de filières, seule voie pour arriver à des prix réellement rémunérateurs. Tant que les agriculteurs ne pourront pas vivre du prix de leurs produits, abandonner les outils de régulation revient tout simplement à jeter les agriculteurs dans la gueule du loup.

 

La nouvelle PAC d’après 2013 doit être construite autour de cet objectif indispensable et nécessaire : la régulation des marchés agricoles européens et mondiaux.

 

c)      Relocaliser la production

Une piste de travail soutenue par les JA Dordogne est de « consommer local ». En effet, l’objectif est de vendre nos produits à un prix « équitable », à un prix « gagnant-gagnant » pour le producteur et le consommateur, selon des règles justes où le producteur s’engage à produire de la qualité et de la diversité et où le consommateur s’engage à consommer local.

Cette démarche permet aussi l’économie d’énergie, à l’heure où la taxe « carbone » est dans tous les esprits, consommer local évite qu’un gigot d’agneau ait parcouru 20 000 km avant d’arriver dans notre assiette.

 

 

 

 

 

En Dordogne, les Jeunes Agriculteurs sont à l’initiative de plusieurs démarches :

 

-la création d’une marque de producteur « Saveurs du Périgord » qui nous le souhaitons va permettre aux consommateurs périgourdins d’identifier les produits de l’agriculture de notre département et ainsi de consommer local. L’objectif de cette marque est de raccourcir les circuits de commercialisation. Avec moins d’intermédiaires et de transport nos produits se retrouvent dans les rayonnages de la grande distribution du département à un prix abordable pour le consommateur et rémunérateur pour le producteur. Ce travail est réalisé en partenariat avec les enseignes de la grande distribution de l’agglomération de Périgueux qui ont accepté de « jouer le jeu » et ainsi d’être transparentes sur leurs marges. Cependant nous restons vigilants quant à la grande distribution et nous pensons que l’observatoire des prix et des marges mis en place par le Gouvernement doit aller au-delà des constats déjà réalisés, il doit permettre de mettre en évidence l’existence d’abus et de les sanctionner.

 

Notre objectif JA est clair : rapprocher la production de la consommation. Ces marques de producteurs répondent clairement à cet enjeu, permettant ainsi aux consommateurs d’identifier les produits locaux, de favoriser une consommation de proximité moins énergivore ainsi que de pérenniser l’emploi et l’économie locale.

 

- la fourniture des cantines scolaires en produits agricoles locaux qui permettrait de raccourcir les circuits de commercialisation, de créer une dynamique de territoire favorable à l’installation de jeunes. Des essais prometteurs à l’initiative de l’antenne de la Chambre d’Agriculture du Périgord Noir ont déjà démarré dans le Sarladais.

 

Les engagements Grenelle prévoient l’engagement des services de restauration collective sur l’approvisionnement en produits biologiques ainsi qu’en produits saisonniers, à faible impact environnemental ou sous signe de qualité. Les Jeunes Agriculteurs proposent que cette disposition soit complétée par un engagement chiffré d’approvisionnement en produits locaux et de proximité.

 

 

d)     Accroître la transparence dans les relations commerciales

 

La Loi de Modernisation de l’Economie n’a pas apporté toutes les garanties de transparence en matière de relations avec la grande distribution et comporte quelques effets pervers.

 

Nous considérons qu’il est nécessaire :

 

-  de présenter régulièrement au Parlement les résultats de l’observatoire des prix,

- d’aller au-delà d’un constat et de mettre en évidence les abus et de les sanctionner

- d’interdire la pratique de prix après vente ainsi que les remises rabais et ristournes et toute contrepartie non consentie.

- de construire avec la Commission d’Examen des Pratiques Commerciales un guide de bonnes pratiques commerciales.

 

 

 

e)      Zoom sur quelques filières en grandes difficultés

Il ne pourra pas y avoir de réel renouvellement des générations sans revenus pour les agriculteurs.

 

Or aujourd’hui on constate une chute vertigineuse du revenu des agriculteurs, chute qui s’accentue d’année en année : - 20% en 2008, - 34% en 2009, soit une chute de plus de 50% du revenu moyen en deux ans.

Quelle profession peut se remettre d’un tel effondrement de ses revenus ?

 

Toutes les filières sont touchées, mais certaines plus durement que d’autres. Les filières viande bovine, porc, tabac et pommes, qui historiquement étaient pourvoyeuses d’installations pour le département, subissent une crise particulièrement grave et prolongée.

 

 

-         La filière viande bovine

 

La production de viande bovine entame sa 4ème année de crise consécutive. Le niveau actuel des prix à la production, beaucoup trop bas alors que les indicateurs de marchés sont bons (consommation stable, production en recul…) ne permet plus aux éleveurs de vivre de leur activité et compromet dangereusement l’installation des jeunes dans cette production. De plus la hausse brutale des cours des céréales cet été, directement liée à la dérégulation des marchés, va porter un coup qui pourrait bien être fatal aux éleveurs périgourdins.

 

Il est aujourd’hui urgent de restaurer des perspectives d’avenir pour les éleveurs bovin-viande au travers de 3 priorités :

 

Hausse du prix à la production : avec un niveau de prix des bovins finis actuellement à moins de 3 euros/kg carcasse en moyenne, la situation est intenable pour les producteurs confrontés à des coûts de production bien plus élevés. Le prix des animaux maigres (broutards mâles et femelles) est également largement insuffisant sur les bases actuelles pour rémunérer correctement les producteurs. Pour équilibrer la rentabilité de l’activité viande bovine, une hausse de 40% des prix des bovins est vitale. Cette revalorisation de la production est seule à même d’apporter une solution durable pour la pérennité des exploitations, et de la filière.

 

Exiger pour les viandes bovines importées des pays-tiers le respect de normes et contrôles identiques : les éleveurs ne comprennent pas, et ne peuvent plus accepter, le double discours entre d’une part des normes et modalités de contrôles de plus en plus rigoureuses, imposées à la production nationale pour répondre aux exigences de sécurité alimentaire et aux attentes sociétales (environnement, bien-être animal…) et d’autre part l’absence d’équivalence de ces normes et contrôles pour les viandes d’importation. Les éleveurs ne peuvent admettre les positions actuelles de la Commission européenne en faveur d’une ouverture plus large à ces importations des pays-tiers (notamment la relance des négociations UE-MERCOSUR). La présence de ces viandes étrangères des pays-tiers (Brésil, …) proposées aux consommateurs en France constitue une concurrence déloyale vis-à-vis de la production locale. Les JA demandent aux pouvoirs publics français et communautaires une équivalence stricte d’application des normes et des conditions de contrôles sur ces viandes des pays-tiers.

 

 

« Année blanche » sur annuités d’emprunts et autres mesures de soutien exceptionnel : les JA demandent aux pouvoirs publics de mettre en œuvre dans les plus brefs délais un plan de soutien, dont la principale mesure doit être une « année blanche » sur le remboursement des annuités d’emprunts des éleveurs de viande bovine. Les mesures mises en place précédemment, notamment dans le cadre du plan défini à l’automne 2009, reposaient sur des prêts de trésorerie qui n’ont fait que repousser et accroître les difficultés.

 

Un report en fin de tableau de remboursement d’une année d’annuités, avec prise en charge des intérêts correspondants, est la seule mesure qui permette de soutenir les trésoreries des exploitations. En complément, un ensemble de dispositions d’aides et d’appui à la trésorerie doivent être mises en œuvre :

o   avances de versement sur les primes PAC et PMTVA 2010 (demande d’un versement à 80% au 15 octobre)

o   aides calamités agricoles pour les éleveurs touchés par la sécheresse

o   prise en charge des cotisations MSA et de la TFNB (taxe sur le foncier non bâti dont on nous a promis la suppression depuis bien longtemps)

o  

 

 

-         La filière porcine

 

Face à la crise économique qui frappe la filière porcine depuis de nombreux mois et aux difficultés de trésorerie impactant les exploitations et plus spécifiquement celles des  jeunes installés, les pouvoirs publics doivent prendre conscience des difficultés majeures rencontrées par les éleveurs de porcs.

 

Une remontée des cours est aujourd’hui urgente afin de couvrir les coûts de production en forte augmentation (hausse spéculative des prix des matières premières) et d’assurer un revenu aux producteurs.

 

Sans une évolution à la hausse des prix à la production, le renouvellement des producteurs sera remis en question, tout comme la pérennité de la filière porcine, vitale pour notre département.

 

 

-         La filière tabac

 

A la fin des années 60, la Dordogne comptait 1500 producteurs de tabac : ils ne sont plus que 350 aujourd’hui. Cette disparition ne devrait malheureusement pas s’enrayer puisque l’Union Européenne, à compter du 1er janvier 2010, a diminué brutalement les aides directes destinés au tabac. Or la production tabacole avait permis de maintenir nombres de petites exploitations familiales en Dordogne, et a rendue possible de nombreuses installations.

 

Si aucune aide compensatoire n’est prise en faveur de la filière tabacole de notre département, celle-ci va définitivement disparaître, et les perspectives de reconversion, compte tenu de la conjoncture agricole actuelle, sont nulles.

 

Il est aujourd’hui urgent que l’Etat français prenne les mesures qui s’imposent pour sauver cette filière et les nombreux emplois induits qui en dépendent.  Une hausse de 2 centimes d’euros par paquet de cigarettes suffirait à rémunérer les producteurs et sauver la filière. Or les augmentations du prix du paquet ne bénéficient jamais aux agriculteurs. Pour preuve, la hausse annoncée de 6% va être reversée intégralement aux industriels.

 

-         La filière pomme du Limousin

 

 

Le revenu des arboriculteurs est en forte baisse. Cette situation résulte principalement d’un effondrement des prix.

 

Le prix moyen de vente de la pomme pour le producteur se situe cette année entre 28 et 30 centimes d’euros du Kilo pour des coûts de revient compris entre 38 et 40 centimes d’euros le Kilo pour les pommes produites au Nord-Est de la Dordogne. Dans les autres vergers du département le prix payé au producteur est de 0.26 € en moyenne pour un coût de production de 0.30 €.

 

Le constat est sans appel : tous les arboriculteurs produisent à perte. C’est malheureusement vérifiable pour tous les bassins de production au niveau national.

 

Si nous ne faisons rien, ce ne sont pas seulement les producteurs de pommes qui seront touchés, mais aussi des milliers d’emplois induits en Dordogne.

 

La surface en vergers de Pommiers est d’environ 1820 ha en Dordogne. Considérant qu’un hectare de verger représente 2 emplois induits, ce sont donc 3 636 emplois qui sont menacés par les difficultés de la filière en Dordogne, et 130 familles d’exploitants agricoles. (Source agreste Aquitaine)

 

La vente à perte est interdite selon la loi française et pourtant en agriculture c’est une pratique courante, cette situation n’est plus tenable. Les JA demandent à ce que les prix payés aux producteurs soient indexés sur les coûts de production.

 

3-    Eau et irrigation

 

Une circulaire a été publiée le 3 août 2010 afin de préciser les conditions de mise en œuvre de la réforme des prélèvements d’eau d’irrigation dans les bassins déficitaires. Les Jeunes Agriculteurs de Dordogne ainsi que l’ensemble de la profession agricole du bassin Adour Garonne constatent que ce texte n’apporte aucune réponse concrète aux demandes de la profession. Il confirme en effet la vision initiale du MEEDDM d’aligner les autorisations de prélèvement d’eau d’irrigation sur des volumes théoriques calculés sur des bases telles qu’elles priveront 4 années sur 5 l’agriculture de consommer les volumes nécessaires à ses besoins et inutilisables du fait de la nouvelle loi, alors même que l’eau sera disponible et que les autres besoins seront satisfaits, notamment le bon état écologique.

Les conséquences socio-économiques de cette réforme n’ont jamais été évaluées en amont par les pouvoirs publics ; elles sont estimées par la profession à la perte immédiate de 200 millions d’euros de chiffre d’affaire et la menace de disparition de 5 600 emplois dans l’agriculture et l’alimentaire.

Enfin l’Etat n’engage aucun plan financier sérieux de création de ressources en eau, nécessaire pour satisfaire dans l’avenir l’ensemble des usages de l’eau dans le bassin Adour Garonne, et n’assouplit pas ses règlements administratifs qui interdisent de fait actuellement toute création de ressource en eau à vocation économique.

Nous appelons l’Etat à plus de réalisme et de mesure dans la mise en œuvre des politiques publiques qui se doivent de respecter les principes fondamentaux d’une agriculture durable, où l’enjeu socio-économique et l’aménagement rural ne sauraient être sacrifiés au nom d’objectifs environnementaux mal évalués.

4-    Le maintien de la Dordogne en zone défavorisée

 

La Commission Européenne souhaite harmoniser les critères de définition des zones défavorisées à l’échelle européenne, en supprimant les critères socio-économiques actuels, et en se basant sur des critères pédoclimatiques, et ceci pour une application en 2014. Les simulations basées sur ces nouveaux critères montrent des résultats catastrophiques. Le département de la Dordogne, actuellement totalement considéré comme une zone défavorisée, passerait en quasi-totalité en zone de plaine, quelles que soient les simulations réalisées.

 

Ce déclassement aurait des conséquences dramatiques sur deux points principaux:

Aides à l’installation :

Le montant des aides à l’installation des jeunes agriculteurs serait revu à la baisse. La Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA) passerait en moyenne de 16 350€ à 12 650€. De plus le taux d’intérêt des prêts bonifiés aux jeunes agriculteurs passerait de 1% à 2,5%, avec un plafond d’équivalent subvention qui chuterait à 11 800 € (contre 22 000 € actuellement).

Soutien aux éleveurs :

Les indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN) disparaîtraient. La perte nette pour les éleveurs du département est estimée à plus de 4 millions d’euros. En effet les chiffres 2009 montrent que 2200 éleveurs ont pu bénéficier de l’ICHN soit en moyenne une enveloppe de 2 000€ par exploitation.

 

Nous ne pouvons accepter cette situation. Nous vous rappelons que les exploitants de Dordogne ont un revenu agricole moyen parmi les plus faibles de France. Les critères économiques sont les premiers révélateurs de la conjoncture agricole d’un département, et doivent à ce titre être les premiers pris en compte pour un classement en zone défavorisée. La Dordogne, département entre plaine et montagne, ne doit pas être oubliée et nous nous battrons pour que l’agriculture de notre département ne soit pas sacrifiée sans raison. Nous ne sommes pas contre la révision et l’harmonisation européenne des critères qui permettent le classement en zone défavorisée, mais il est essentiel que ces critères reflètent la réalité de la situation. De plus, s’il doit y avoir une harmonisation sur ce point, nous réclamons également une harmonisation plus générale sur l’ensemble des normes sociales, environnementales et sanitaires qui aujourd’hui pèsent sur les exploitations françaises, et pas sur nos voisins européens. La Commission Européenne, qui veut par cette révision gommer les disparités de traitement entre pays, doit aller au bout de son raisonnement.


 

5-    Revaloriser les retraites agricoles

 

« Les retraites agricoles moyennes sont à moins de 400 euros par mois. Qui peut dire que c’est une situation digne et acceptable ? Eh bien je vais changer cette situation parce qu’elle est indigne » : cette phrase, Monsieur le Président de la République l’a prononcée en 2007. Aujourd’hui, en plein débat sur la réforme des retraites, la situation n’a pas bougé.  Les revendications portées par l’ADRAD (Association départementale des retraités agricoles de Dordogne) sont pourtant raisonnables : ils demandent 85% du Smic et la parité hommes/femmes. Si dans ce dossier nous nous faisons l’écho de leur combat, c’est que ce combat nous concerne tous. Le montant dérisoire des retraites agricoles est un frein conséquent à la transmission des exploitations agricoles et donc à l’installation, car il plonge les agriculteurs cédants dans des situations financières difficiles qui rendent les transmissions d’exploitations d’autant plus complexes.

 

Il est donc indispensable de revaloriser rapidement les retraites agricoles, au nom de la justice et de l’égalité, mais aussi pour s’assurer que les exploitations agricoles de Dordogne ne seront pas démantelées et vendues au plus offrant afin de pallier au montant dérisoire des retraites agricoles et assurer la subsistance de nos agriculteurs retraités.


 

 

Par Jeunes Agriculteurs 24
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